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Mot de passe perdu?

Le Grand Escalier

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Forever is the sweetest con
Veilleur assistant
Retraité
Chroniqueur Chicaneur
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Serdaigle
4e année
Titre : Forever is the sweetest con
Créé : 22/04/2024 à 19:33:18



I've had some tricks up my sleeve
Takes one to know one
You're a cowboy like me

TAYLOR SWIFT, COWBOY LIKE ME



ASHKA L. HANSON ET NATACHA TCHAÏVIEV
CHAPITRE 2 DES CHRONIQUES DE L'ÉTERNITÉ

Bonjour, ami lecteur. C'est moi, le narrateur. Je vois que tu es de retour pour connaître la suite des aventures de nos deux défuntes préférées. Tant mieux.

Depuis la dernière fois que nous nous sommes croisés, quelques jours se sont passés. Le temps que les informations données par le tableau d'Ashka L. Hanson au fantôme de Natacha Tchaïviev soient analysées, croisées avec celles que cette dernière avait déjà, et communiquées à la personne concernée par cette demande, nous voilà arrivés au milieu du mois de mars, un temps idéal pour ouvrir le second chapitre des chroniques de l'éternité, vous ne trouvez pas ?


21 MARS 2024
MANOIR TCHAÏVIEV, RUSSIE
19 HEURES

La scène se situe dans une salle de bains luxueuse, bien trop pour qui que ce soit. Face au miroir doré se trouve deux jeunes femmes. L'une vivante, assise, en train de retoucher une dernière fois son maquillage. L'autre morte, observant attentivement chaque geste de celle qui avait encore un corps, comme pour vérifier que tout était parfait.

Ce qui était véritablement étrange dans cette scène, c'était la ressemblance extraordinaire qu'il y avait entre les deux jeunes femmes. Elles n'étaient pas identiques, mais presque. La vivante semblait avoir l'exact même visage que la morte, seulement six ans plus âgé – ce qui ne changeait pas tant que cela leurs traits, avouons-le. Et pour cause : cette mystérieuse vivante était Anastasia Tchaïviev, la sœur jumelle de Natacha Tchaïviev, le fantôme qui l'accompagnait. Et si les deux jeunes femmes étaient infiniment proches, rares étaient les personnes qui les avaient vues dans la même pièce, ces dix dernières années. Au point où, malgré leurs visages semblables comme deux gouttes d'eau, les Russes avaient complètement dissocié ces deux personnes, oubliant même leur lien de parenté.

Il faut dire que Natacha et Anastasia avaient deux réputations infiniment différentes.

Natacha était l'enfant rebelle, l'expérience ratée. Celle qui, sans qu'on ne sache trop pourquoi, avait été éduqué à l'anglaise, et avait toujours refusé les « bonnes » valeurs qui étaient censées accompagner son sang. Celle qui était censée être redressée par les quelques années passées dans ce même manoir, à étudier les mœurs de sa famille, puis par ses fiançailles avec l'antipathique Vladimir Ketchlov, mais qui avait fini par fuir, et qui avait attendu sa mort pour revoir ceux qui partageaient son nom. Enfin, tout ça, amis lecteurs, vous l'avez déjà compris dans le chapitre un de notre histoire.

Au contraire, Anastasia était devenue, pendant les dix années de fuite de sa sœur, l'enfant modèle. Celle que la mauvaise réputation que Natacha avait donnée à son nom avait protégé du mariage, mais qui n'aurait aucun mal, si elle le voulait, à se faire aimer. Celle qui ne participait, officiellement, à aucune organisation, mais qui, dans les mentalités collectives, contribuait à la grandeur de leur projet. Car, au-delà des deux sœurs et d'une peinture à l'huile qui avait depuis bien longtemps cessé de parler au CAMP, personne ne savait que les deux sœurs étaient toujours en contact – voir qu'elles l'étaient plus que jamais.


NATACHA · Surtout, sois prudente, Ana. C'est la première opération du genre qu'on lance. Je préfère que cela échoue plutôt que cela t'attire des ennuis.

ANASTASIA · Ne t'inquiète pas, Natacha. Tu n'as pas à me protéger. Moi aussi, je veux les détruire. Et je ne m'arrêterai pas tant que je ne les aurais pas tous fait payer, un par un.

Les deux jeunes femmes regardaient chacune le reflet de l'autre dans le miroir. Se regarder dans les yeux directement aurait probablement suscité trop d'émotions.

ANASTASIA · Je vous vengerai, Nat. Je nous vengerai.

21 MARS 2024
MANOIR KETCHLOV, RUSSIE
20 HEURES

En ce lendemain de printemps se tenait donc le bal annuel organisé par l'aristocratie russe pour célébrer cet évènement. L'un des quelques moments où l'on ne parlait pas de politique – ou du moins, où l'on n'était pas là pour ça. Tout le monde savait que c'était lors de ce genre de bals que les alliances se nouaient, que les rencontres se faisaient. Au détour d'un verre, les langues se déliaient, et des amitiés se créaient – ce qui n'arrivait presque jamais lors des réunions, où chaque mot était prononcé avec une grande attention. Les deux jeunes femmes comptaient bien en profiter.

Natacha s'était cachée dans les murs de la résidence de son ancien fiancé, qui avait depuis trouvé une nouvelle femme, aux idéaux plus proches des siens, à épouser, afin de surveiller la scène, et de pouvoir aider sa jumelle en cas de besoin. Quant à Anastasia, elle arriva pile à l'heure dans le grand hall où avait lieu les célébrations. Elle portait une robe blanche élégante, recouverte de dentelle, probablement l'une des plus belles qu'elle n'avait jamais portée. Les autres familles mettraient ça sur le compte d'un goût soudain ; mais elle savait qu'aujourd'hui était un grand jour, et sa tenue, qui mettait parfaitement en valeur son visage et son corps, faisait partie intégrante de son plan.

Lorsqu'elle entra dans la pièce, décorée de fleurs et de richesses pour impressioner, son visage avait perdu la flamme de détermination qu'il avait auprès de sa sœur. Ses traits avaient au contraire repris la forme qu'ils arboraient habituellement ; ceux de la bienveillance cruelle que tous les vivants de ce monde aristocrate semblaient partager. Pour toute personne n'ayant pas assisté à la scène précédente, Anastasia avait l'air d'une femme comme toutes les autres, heureuse de se rendre à ce bal pour faire briller son nom.

Mais après tout, cher lecteur, n'était-ce pas ce qu'elle faisait ?

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Serdaigle
1re année
PNJ
Titre : Re : Forever is the sweetest con
Créé : 26/04/2024 à 19:56:10

Salut. Je t'ai manqué ? Nous nous sommes laissés sur de drôles de mots, tu ne crois pas ? La lecture ne serait pas très savoureuse si je te disais ici tout ce que Ashka savait sur Ana Ejov. Elle le serait d'ailleurs encore moins si moi, narratrice, je te disais ce que je savais. J'ai passé du temps à comprendre Ana Ejov. A vrai dire, nous avons passé plusieurs années à élaborer ce plan, à regarder le C.A.M.P. d'un regard à moitié désintéressé, de loin, le laissant faire. Nous avons assisté à la chute de plusieurs empires, la naissance d'autres qui se font encore discrets. Nous étions les regards de l'ombre. Il fallait que nous puissions utiliser nos atouts, n'est-ce pas ? Ashka L. Hanson n'en était pas un comme on avait l'habitude d'en voir. Pourtant, elle était là, et elle était très utile.

Mais pour qui ?



21 MARS 2024
MANOIR KETCHLOV, RUSSIE
20 HEURES 30

Ashka n'avait pas eu connaissance de ce bal, du moins pas officiellement. Qui pourrait lui en parler ? Cela ne ferait aucun sens. Les conversations n'étaient pas pour tout de suite. L'aristocratie russe avait décidé de se réunir comme chaque année, et le tableau n'était pas convié. Avouons-le, ce n'était pas forcément une mauvaise chose. Si Ashka n'était pas présente, Kate ne l'était pas non plus. Voilà bien des années que la nouvelle génération du C.A.M.P. s'était dissoute. De trois, il n'en restait plus qu'une. Ce n'était ni la plus âgée, ni la plus jeune, seulement Celle qui voulait rester dans les clous, Celle à qui on avait donné sa chance.

Elle était arrivée un peu en retard volontairement. Elle n'avait aucun intérêt à être remarquée, aucun intérêt à vouloir être la première. Ana Ejov s'était donc tranquillement avancée dans la salle de bal du manoir Ketchlov, vêtue d'une robe pâle aux tons printaniers. Son regard parcourut l'ensemble du grand hall, s'arrêtant sur les fleurs assorties à sa robe, sur les moulures au plafond et les biens qui ornaient l'endroit. Natalia Orlov n'était pas dans les environs, Ana était ce soir-là la seule à pouvoir récolter des informations.

Au fur et à mesure des années, Ana avait réussi à faire des liens entre les familles, à comprendre le réseau qui s'était construit en Russie alors qu'elle-même n'y était plus. Elle avait travaillé dans l'ombre pour repartir de zéro. Aujourd'hui, elle était de retour, mais pas les mains vides. Ce soir-là, sa main tenait une coupe de champagne. Un bon début. Les conversations faisaient du bruit autour d'elle et ses oreilles suivaient tant bien que mal quelques conversations. Plusieurs noms retinrent son attention, qu'elle nota dans un coin de sa tête. Cependant, si l'audition n'était pas le seul sens qu'elle mobilisait à cet instant, sa vue se retrouva bien intéressée lorsqu'une certaine silhouette se mouva loin d'elle. Elle ne la connaissait pas. Pourtant, elle avait l'air bien intéressant.


---

Le C.A.M.P. était de retour, nous étions de retour. Les idées avaient changé. Les confrontations étaient différentes. Il ne revenait pas plus fort, non. Il était d'ailleurs très affaibli. Les aventures n'en seraient que plus intéressantes, notre regard sur ces personnages allait être plus présent que jamais.

Oh, et ? Tu ne pensais pas que j'allais te dévoiler "notre" identité tout de suite, pas vrai ?

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alter égo de summer pearson
Veilleur assistant
Retraité
Chroniqueur Chicaneur
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Serdaigle
4e année
Titre : Re : Forever is the sweetest con
Créé : 29/04/2024 à 23:25:25 - Modifié : 30/04/2024 à 17:24:58

LANGUE DU DIALOGUE : RUSSE

Le bal avait déjà commencé depuis un moment. Si Anastasia était vivante, elle donnait pourtant l'impression de hanter ces lieux, tel que Natacha le ferait. Elle se déplaçait avec, autour d'elle, une aura insaisissable. Mais n'était-ce pas ce que cette situation était, au final, insaisissable ? Car si moi, en tant que narrateur, je sais tout ce qui va se passer, que ma collègue et moi savons où ce récit va nous amener, le chapitre deux des chroniques de l'éternité s'installe, sachez-le, sous le spectre de l'ambiguïté. Ne l'oubliez pas : vous ne savez rien, seulement ce que mes mots disent, et peut-être ceux-ci ne sont-ils pas fiables. Alors méfiez-vous, lecteurs. Après tout, seule ma plume vous appelle ami.

Anastasia saluait les gens. Souriait, mais gardait dans son air la neutralité nécessaire à ce genre d'évènements. Elle parlait, mais ne disait rien en même temps. Très vite, une coupe de champagne avait rejoint sa main et lui servait d'accessoire, mais elle ne buvait pas. Elle se déplaçait d'un pas lent dans la pièce, ne restant jamais immobile, mais ne dansant pas. Elle n'avait pas de cavalier, et pourtant, elle n'en cherchait pas. Son regard restait droit, mais elle semblait connaître la pièce dans les moindres détails et rien dans ces décors ne semblait l'émerveiller, la surprendre, l'étonner. Peut-être était-ce car le fantôme de sa sœur s'était déjà renseigné. Ou peut-être était-elle seulement d'un naturel impassible. Qui sait ? Après tout, lecteur, vous ne la connaissez pas, cette Ana.

Au sujet d'une Ana, en voici une autre qui arrivait, avec une robe dont les couleurs rappelaient le printemps. Était-ce du vert, du rose, du jaune ? Qui sait, lecteur, c'est à vous de vous la représenter. Ne vante-t-on pas régulièrement les pouvoirs de l'imagination ? Quoiqu'il en soit, les deux Ana donnaient l'impression d'être comme deux faces d'une même pièce, se reflétant l'une et l'autre, leur flûte à la main et leur robe pâle les enfermant dans un corset de lumière printanière. Mais n'oubliez pas : il n'y a rien de plus trompeur, et de plus révélateur, que les impressions.

Quelques instants après avoir remarqué Ana, Anastasia se dirigea vers elle. Elle n'avait pas l'air surprise. Elle n'avait pas l'air ravie. Elle n'avait peut-être même pas l'air, qui sait. Seul le mystère l'entourait. Ayant rejoint celle qu'elle attendait depuis le début de la soirée, elle l'accueillit, un sourire charmeur, mais un peu railleur, en coin.


ANASTASIA · Vous vous êtes faite désirer.

L'air était celui d'une première rencontre. Ou peut-être était-ce le printemps qui faisait ça ? Anastasia n'avait l'air aucunement déstabilisée par ce contact, comme si elle connaissait la jeune femme depuis toujours. Comme si elle savait tout de son idée. C'était comme si, entre elle, il y avait déjà une sorte de complicité. Comme si cette rencontre faisait partie d'un plan, de quelque chose de plus grand, et que les deux femmes le savaient. Ou bien était-ce l'assurance dans les yeux d'Ana Tchaïviev qui était contagieuse, et qui murmurait à Ana Ejov de la croire. Qui sait ?

ANASTASIA · Anastasia Tchaïviev, enchantée. Mais tout le monde m'appelle Zia.

Et sur ces mots, elle tendit une main gantée de blanc. Elle n'allait quand même pas laisses leurs empruntes digitales se croiser, n'est-ce pas ? Après tout, cette rencontre avait l'air comme issue d'un rêve. Tout cela, les robes, les sourires, les dialogues mondains, les dorures – était-ce la réalité ? Ou bien la mise en œuvre de ce dont Ana avait depuis toujours fantasmée ?

Bienvenue, lecteur, dans un monde de mystères. Où seuls ma collègue et moi, le narrateur, savons ce que prévoit l'auteur. Et où même lui, peut-être, n'a pas encore tout décidé.

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Serdaigle
1re année
PNJ
Titre : Re : Forever is the sweetest con
Créé : 30/04/2024 à 17:24:57

Contrairement à Ashka, Ana parlait un russe impeccable. Elle était née en terre slave et y avait grandi, entourée de Russes. Elle avait certes appris l'anglais durant son éducation mais sa langue maternelle restait sa préférée, celle de ses ancêtres. Néanmoins, Ana n'avait pas connu ses ancêtres biologiques, ou du moins pas officiellement. Trop de secrets étaient gardés au C.A.M.P. pour que les liens soient facilement faits. Qui aurait pu savoir qu'un des parents d'Ana se trouvait dans la Villa Madoslava depuis toutes ces années ? Une réponse était certaine : pas elle. Fedorov l'avait de plus suffisamment bien traitée et Natalia l'avait également suffisamment aimée pour qu'elle ne cherche jamais à s'interroger.

Entourée de telles figures, Ana avait grandi avec des principes. Elle avait très tôt su où elle voulait aller et par quels moyens. Elle n'avait jamais aimé la place qu'on lui réservait dès l'enfance, mais pourtant, elle l'avait acceptée parce que c'est ce qu'elle avait appris à faire. Accepter pour le bien du groupe, de SON groupe. Voilà néanmoins que des années plus tard, Ana n'a pas récupéré la place qui lui était destinée, la dernière de la hiérarchie. Non, elle était devenue два aux côtés de Natalia et l'exécutif était revenu à Paul Stuart.

Ironique, n'est-ce pas ? Mais peut-être vous faudra-t-il, cher lecteur, encore quelques informations pour comprendre l'ironie du sort.


Ana Ejov. Mais tout le monde m'appelle Ana.

Avec cette histoire, nous en avions presque oublié cette rencontre. Reconcentrons-nous sur les choses qui comptent ; après tout, qui pourrait bien être intéressé par les origines d'Ana, à part peut-être quelques lecteurs très intéressés ?

Ana avait serré la main délicate qui s'offrait à elle, avec une élégance similaire. Les doigts qu'elle laissa échapper entre les siens étaient fins, intrigants. Son sourire et ses yeux l'étaient également. Ana observa Zia quelques secondes sans rien dire. Elle se contenta de la regarder. On ne savait pas réellement à quoi cela était du, analyse intensive ou simple admiration ? Le lieu dans lequel elles se trouvaient pouvait permettre au lecteur d'avoir le doute. Quiconque présent dans cette salle de bal était sur ses gardes. Les conversations étaient superficielles, de bonne sympathie pour se faire des alliés dans la lutte des classes.


Je n'ai pas le souvenir de vous avoir déjà croisée. Je m'en serais souvenue.

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alter égo de summer pearson
Veilleur assistant
Retraité
Chroniqueur Chicaneur
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Serdaigle
4e année
Titre : Re : Forever is the sweetest con
Créé : 30/04/2024 à 20:26:29

ANA · Ana Ejov. Mais tout le monde m'appelle Ana.

Il y avait quelque chose de faux dans ces présentations. Quelque chose qu'un lecteur normal, s'il assistait à la scène, ne comprendrait pas. Comme si tout était calculé. Organisé. Faussement spontané. Mais en même temps, qu'est-ce qui ne l'était pas, dans ce monde de gens vivant pour l'ambition ? Dans ce monde que je vous narre, Ô lecteur, et où je choisis de vous donner ce que vous pouvez représenter. Tout, jusqu'au parallélisme de ces deux répliques, était réfléchi, préparé, pour le meilleur ou pour le pire. Peut-être que l'homme que je mentionne, là maintenant, buvant allègrement et parlant d'une voix forte, avait, lui aussi, son importance. Ou peut-être pas. Il n'empêche, malgré les couleurs du printemps, cette rencontre n'était pas tout à fait naturelle. Mais au milieu de tous ces faux-semblants, elle en avait presque l'air.

ANA · Je n'ai pas le souvenir de vous avoir déjà croisée. Je m'en serais souvenue.

Évidemment qu'elle s'en serait souvenue, pensa Anastasia. Ce n'était pas étonnant. Ceux qui survivaient dans ce monde étaient ceux dont la mémoire retenait tout, jusqu'au moindre détail. Ceux qui pouvaient décrire jusqu'au mouvement des cheveux de ceux à qui ils avaient parlé. Dans un décor de théâtre, tout est calculé. Les décors, les costumes. Rien n'est laissé au hasard. Même l'improvisation y est un choix.

Anastasia, elle aussi, se souvenait de tout. Ce toutes les conversations. De tout ce que Natacha lui avait dit. De toute son enfance. Du jour où elle avait appris, pour sa famille, pour le CAMP. Du jour où elle avait dû choisir : être lâche, comme sa famille, ou choisir un camp, et agir. Servir. Se plier à un système – mais lequel ?

Anastasia savait se plier, se contorsionner. Ce soir, son visage avait été comme transformé. Chaque détail avait été soigneusement réglé pour plaire. Pour captiver. Pour hypnotiser Ana Ejov, qui pensait se présenter – à moins que cette dernière, elle aussi, ne sache déjà qui elles étaient. Jeu de rôles. Prétendre être quelqu'un d'autre. Jouer à se rencontrer, une fois, plusieurs fois. Car après tout, qui suis-je, moi le narrateur, si je n'ai pas de rencontres à vous conter ?


ZIA · J'agis plutôt de manière indépendante, pour l'instant, si vous voyez ce que je veux dire.

Évidemment qu'Ana voyait ce qu'Anastasia voulait dire. Tout le monde, dans cette pièce, aurait compris. Ou pas – car après tout, cela voulait tout et rien dire. Comme toutes les conversations, en ce lieu mondain et brillant. Mais cela était néanmoins charmant, du moins pour Ana, espérait Zia. Parce qu'après tout, n'était-ce pas le but ? Dans tout théâtre, le masque sert à plaire. Et ici, il n'y avait qu'une spectatrice qui comptait aux yeux de notre actrice.

ZIA · Nos causes ne sont toujours mieux servies que lorsqu'on s'en occupe nous-mêmes, vous ne pensez pas ? Je n'aime pas devoir m'occuper d'autres gens, qui ne font que... Soyons honnêtes, nous faire perdre du temps.

Un rire complice accompagna cette phrase. Après tout, Zia savait que la vie d'Ana n'était pas si différente de la sienne. Dans cette pièce remplie de gens se pensant supérieurs, en trouver d'unique était rare, quasi unique. Pourquoi seraient-elles les exceptions ? Au contraire, si les deux Ana savaient faire quelque chose, c'était se conformer au système. Du moins, c'est ce que disaient les apparences...

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Serdaigle
1re année
PNJ
Titre : Re : Forever is the sweetest con
Créé : 02/05/2024 à 23:09:58

Ana n'était pas de ceux qui jouaient indépendamment. Elle comprenait néanmoins parfaitement ce que son interlocutrice expliquait. Il fallait dire que dans ce milieu, tout se savait assez rapidement. Si Ana faisait partie d'un groupe, il n'était pas rare de croiser plusieurs personnes ne souhaitant pas se mélanger. La jeune femme se joignit au rire cristallin de Zia et but une gorgée de champagne, gardant le silence quelques secondes encore.

Si, cher lecteur, vous avez eu une lecture attentive de nos aventures, vous avez déjà croisé Ana auparavant. Vous remarquerez alors que la personne qui se présente à vous ici ne ressemble en rien à celle que vous aviez peut-être en mémoire. Une même femme, pourtant légèrement chamboulée par quelque chose d'inexplicable.


C'est tout à votre honneur.

Différente, en effet. Ana enroula autour de son doigt l'unique mèche de cheveux qui sortait de sa queue de cheval auburn. Son regard aussi sortait de l'ordinaire. Il n'était pas aussi sérieux et concentré que lorsqu'elle était dans son bureau, enfermée. Il était plus évasif, ne se concentrant pas sur un point bien précis. En effet, depuis les quelques minutes qui venaient de s'écouler, les yeux d'Ana avaient probablement repéré toutes les parties du visage et du corps de Zia. Elle s'était attardée sur des parties plus intéressantes, certes, mais l'ensemble formait une élégance et une théâtralité qui ne la laissaient pas indifférente.

Vous ne croyez pas si bien dire. Je suis moi-même partie seule quelques années en Angleterre m'occuper d'un cas qui n'aurait certainement pas pu être réalisé par quelqu'un d'autre.

Un sourire orna les lèvres d'Ana à la pensée d'Emily Davies. Ses quelques années d'infiltration au Ministère de la Magie britannique avait été fort enrichissantes, loin du monde russe et de ses conventions. Bien que la jeune femme aime son pays plus que tout au monde, il fallait parfois savoir accepter de s'en séparer pour le meilleur. Vous avez encore, lecteur, beaucoup de choses à apprendre sur notre два.

Il ne faut cependant pas négliger un peu d'aide, n'est-ce pas ?

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alter égo de summer pearson
Veilleur assistant
Retraité
Chroniqueur Chicaneur
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Serdaigle
4e année
Titre : Re : Forever is the sweetest con
Créé : 05/05/2024 à 00:38:29

ANA · C'est tout à votre honneur.

Ana Ejov n'était pas concentrée. Ses yeux se promenaient sur le visage d'Anastasia, ses doigts s'enroulaient dans ses cheveux. Celle qui avait la réputation d'être une sorcière impitoyable, celle qui devait, un jour, prendre le trône du CAMP, semblait rajeunie de dix ans. Comme un miroir, à la fois sincère et trompeur, le corps de Zia manifestait le même intérêt. Il y avait, dans ses yeux, une douceur que ceux de Natacha avaient perdue depuis longtemps. Une tolérance, une chaleur, qui ne devait qu'être passagère dans la froide Russie où notre scène avait lieu. Mais le sourire de la jeune femme semblait inviter son interlocutrice, de quelques années sa cadette, à oublier tout cela. Oublier les règles. Oublier le froid. Tout cela n'est qu'un jeu, disaient-ils. Ferme les yeux un instant, viens avec moi, et tout ce dont tu rêves sera à toi. Les traits fins d'Anastasia disaient l'ambition, la richesse, le pouvoir – l'amour ?

ANASTASIA · Vous ne croyez pas si bien dire. Je suis moi-même partie seule quelques années en Angleterre m'occuper d'un cas qui n'aurait certainement pas pu être réalisé par quelqu'un d'autre.

Une mission, en Angleterre. Tout cela, Anastasia le savait déjà, cette conversation n'avait rien de sincère – ou peut-être qu'au contraire, tout cela, elle le découvrait pour la première fois, de la voix d'Ana. Elles dansaient un tango dangereux à travers leurs mots. Chaque pas était minutieusement pensé, et en même temps, leurs mouvements reflétaient une pure liberté. Personne dans la pièce semblait le remarquer. Quoiqu'il en soit, Zia laissa échapper un sourire, lorsqu'elle entendit le nom du pays de sa chère sœur.

ZIA · L'Angleterre... J'ai quelques contacts, là-bas. C'est un drôle de peuple – intéressant, mais... Je suis mieux ici, je crois. Pas vous ?

Les britanniques avaient cette réputation de ne pas savoir respecter la magie, les traditions. D'être des parasites, voire des poisons. C'étaient des libertins, qui détestaient les conventions. Voilà ce qu'on avait raconté à Zia, durant toute sa formation.

ANA · Il ne faut cependant pas négliger un peu d'aide, n'est-ce pas ?

Zia n'avait pas besoin d'aide ; elle avait sa sœur, cachée dans le mur. Elle avait des contacts, dont certains étaient peut-être dans la salle ce soir. Mais elle ne dirait pas non à avoir celle d'Ana – si elle ne l'avait pas déjà. Qui sait ce qui se passait réellement, dans cette interaction. Rien n'était impossible, dans ce monde de mystères et de faux-semblants. Et peut-être que ma mémoire de narrateur se fait floue. Après tout, moi et ma collègue, nous connaissons déjà la fin de toute cette histoire... Ou au moins, les chapitres suivants. Enfin, cela n'est pas à aborder maintenant, revenons au présent.

ZIA · Si l'aide est qualitative, évidemment, je ne dis jamais non. Mais, voyez-vous, je ne veux pas m'allier à des gens qui manquant d'ambition. J'ai des grands projets, il me faut des partenaires de confiance.

Partenaires. Un double sens intéressant, peut-être. En tout cas, le choix de mot était délibéré. Anastasia parlait lentement, chaque syllabe était énoncée clairement. Ana ne pouvait perdre aucun mot dans ses propos. Après avoir laissé passer un court silence, Zia plongea ses yeux bruns dans ceux de son interlocutrice, et murmura, afin que seule celle qui lui faisait face puisse l'entendre :

ZIA · Êtes-vous quelqu'un de confiance, Ana ?

Cela sonnait comme une question sincère. Comme si ces mots venaient du cœur de celle qui les posait. Peut-être même que, le temps d'un instant, Ana Tchaïviev était sortie de son rôle, avait oublié les conventions, et avait voulu, pour une raison ou pour une autre, accélérer la conversation.

ZIA · Et surtout, pouvez-vous me le prouver ?

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Serdaigle
1re année
PNJ
Titre : Re : Forever is the sweetest con
Créé : 05/05/2024 à 17:00:33

Oh oui, également.

Bien que l’Angleterre lui ait permis de prendre du recul sur sa situation en Russie qui était celle de 2019, Ana n’avait pas spécialement apprécié le pays et l’expérience. Elle avait découvert de nouveaux horizons certes ; elle avait changé de culture pour quelques mois, s’était faite passer pour une autre, avait découvert des secrets plus utiles les uns que les autres. Pourtant, elle s’était ennuyée. Elle n’avait jamais été stimulée, du premier jour jusqu’au dernier. Il fallait avouer qu’à côté de la Russie intransigeante, le pays de l’autre côté de l’Europe ne semblait pas effrayant, ne proposait rien de nouveau ou de fascinant.

Zia, elle, au contraire, semblait proposer quelque chose de fascinant. Cela était très certainement dû au charisme qui se dégageait de sa personne à chacun de ses mouvements, mais également à quelque chose de plus subtil. Il y avait un élément dans sa voix, dans ses paroles, qui intriguait Ana bien plus que prévu. Ana n’avait jamais entendu parler d’Anastasia Tchaïviev avant ce fameux soir et voilà qu’elle évoquait ses projets.

La jeune Russe n’avait aucun doute : tout le monde réuni dans cette grande salle de bal avait des projets. Pourtant, on n’en parlait pas si librement. On faisait toujours attention à ce que l’on disait et à qui. Zia avait fait le choix de volontairement laisser s’échapper quelques paroles intrigantes. Tout était calculé ; vous qui nous lisez avez compris que rien n’était laissé au hasard dans ce milieu. Ana aussi l’aurait compris dans d’autres circonstances. Mais quand la voix de Zia vint lui caresser les oreilles, si basse et si douce, elle semblait avoir oublié beaucoup de choses. Elle ne parvint pas à maintenir le regard de son interlocutrice pendant très longtemps, détournant très rapidement les yeux pour s’intéresser au buffet derrière Zia.


Dépendamment. Qui s'interroge ?

Ana avait toujours été très proche du C.A.M.P. Ils étaient devenus une entreprise familiale, laissant très peu de nouvelles personnes pénétrer au sein de leurs affaires. Vis-à-vis d'eux, elle avait toujours été une personne de confiance. Mais vis-à-vis d'autres ? La réponse était majoritairement négative. Elle créait, manipulait et trompait. En effet, il ne valait mieux pas entrer dans quelque chose de nouveau avec Ana avant de s'être assuré de sa totale confiance.

Zia pourtant dégageait quelque chose de différent. Quelque chose qui poussait Ana à agir différemment. Toujours sur le même ton bas et envoûtant, les paroles de Zia heurtèrent Ana de plein fouet et le cœur de cette dernière s'accéléra en même temps que la conversation avait décidé de le faire. Vite. Alors que tout autour d'elles criait de prendre son temps pour faire durer la soirée, les paroles entre les deux jeunes femmes au milieu de la pièce hurlaient de faire cesser les mots de bienséance et de politesse pour faire naître une nouvelle rapidité encore inconnue. Ana n'était pas habituée. Prise de court, elle sentit ses yeux se perdre une nouvelle fois dans le paysage.


Je suppose que l'on pourrait mutuellement se prouver beaucoup de choses.

La voix d'Ana n'était pas aussi basse que celle de Zia, pas aussi douce et bien placée. Elle était plus maladroite, témoignant d'un caractère fort qui se laissait déconcentrer.

Vous semblez avoir beaucoup d'idées en tête. Je pourrais facilement vous le démontrer.

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alter égo de summer pearson
Veilleur assistant
Retraité
Chroniqueur Chicaneur
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Serdaigle
4e année
Titre : Re : Forever is the sweetest con
Créé : 13/05/2024 à 20:13:11

ANA · Dépendamment. Qui s'interroge ?

Ana était intriguée. Qui ne le serait pas ? La Tchaïviev maniait l'art de bousculer les codes russes à la perfection. Elle ne le faisait pas trop ; mais juste assez pour être entourée de cette aura de mystère. Qui était-elle ? Pour être rentrée ici, dans de si beaux vêtements, il ne s'agissait pas d'une inconnue – seuls les plus grands étaient présents ici. Et pourtant, son nom ne disait rien à son interlocutrice. Mais l'on disait parfois qu'agir en silence était le propre des gens puissants ; Anastasia répondait-elle à ce titre ? En cet instant, seule Ana pouvait le découvrir – du moins, c'est ce qu'il semblait.

ZIA · Moi seulement, évidemment. Qui d'autre ?

Chaque mot prononcé par Anastasia l'était avec une délicatesse certaine. Elle ne murmurait pas, mais il y avait dans ces mots un souffle, quelque chose d'hypnotisant, comme si tout cela avait été précisément calculé pour plaire à Ana. Mais en même temps, les sentiments ne se contrôlent pas – n'est-ce pas ?

ANA · Je suppose que l'on pourrait mutuellement se prouver beaucoup de choses. Vous semblez avoir beaucoup d'idées en tête. Je pourrais facilement vous le démontrer.

Un sourire se dessina sur le visage de Zia. Ana était intelligente, indéniablement. Elle ne voulait pas trop en dire – dans ces milieux-là, cela se comprenait. Mais Anastasia lui montrerait qu'elle était une amie. Qu'elle pouvait lui faire confiance et qu'en sa présence, sa langue pouvait être déliée. Anastasia avait les moyens de faire parler une femme – plus encore, elle avait les moyens de faire parler Ana Ejov, et ce, tout en douceur. Mais pour cela, il fallait quand même que cette dernière fasse un choix.

Pendant cette conversation, le bal avait commencé ; un groupe jouait une douce musique, quelques couples se mettaient à danser, mais les murmures, intimes et politiques, continuaient à embaumer la pièce. Partout, la richesse scintillait – autant dans le décor que sur les invités. Tout cela était un ramassis de frivolités, que les deux femmes connaissaient depuis leur enfance. Mais elles y étaient comme englués. Quoique, le regard d'Ana n'était pas comme celui des autres. Il possédait encore, face à cela, une étincelle critique, quelque chose d'encore vivant dans ce manoir aux âmes mortes, assassinées sous le poids des normes et des obligations.


ZIA · Vous tenez vraiment à être ici ? Ces mondanités m'ennuient...

Un geste de main rapide, de cette femme étonnamment désabusée du monde auquel elle appartenait, suffisait à révéler le ridicule de la scène. La phrase avait été à peine prononcée que déjà, toutes les politesses semblaient plus fausses qu'elles ne l'étaient déjà. Mais Anastasia, elle, semblait plus vraie que jamais. Comme si, quelque part en elle, elle détenait une vérité qu'Ana n'avait fait qu'effleurer. Comme si, si cette dernière faisait les bons choix, elle allait les révéler.

ZIA · Je suis sûre que vous et moi, nous pourrions utiliser notre temps pour faire des choses bien plus intéressantes que cela, n'est-ce pas ?

Elle plongea ses yeux dans ceux de son interlocutrice, qui était désormais maîtresse de son destin. Entre le sang bleu qui coulait dans toutes les veines de la salle, y compris les siennes, et les lèvres rouges de Zia, quel serait le choix d'Ana ?

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Serdaigle
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Titre : Re : Forever is the sweetest con
Créé : 15/05/2024 à 12:20:36

Ana n'était jamais tombée amoureuse. Elle n'en avait eu la volonté, jamais eu le temps. Au contraire, elle avait toujours voulu contrôler ce qu'elle dégageait auprès des autres, son apparence, ses paroles. Se retrouver troublée par une personne extérieure ne faisait pas partie de ses plans. Ana avait toujours méprisé Kate en voyant sa sœur courir après une femme qui n'en avait que faire d'elle. Pourquoi vouloir l'approbation de quelqu'un quand sa propre compagnie suffisait ? Kate n'avait jamais été d'accord sur ce point, et voilà qu'aujourd'hui, elle le regrettait chaque minute de sa vie.

29 JANVIER 2017
VILLA MADOSLAVA, PERM

Ashka Hanson avait longtemps regretté cet acte. Elle avait passé des mois en ayant conscience de l'amour que Kate lui portait et pourtant, elle n'en avait rien fait. Elle avait enfoui sa tristesse et ses questionnements au fond d'elle sans jamais oser parler à qui que ce soit, si ce n'était son portrait. Elle n'avait aucun amour à partager en retour à la princesse russe, aucun sentiment à lui témoigner. Elle n'avait que des idées sombres à lui donner et Ashka ne voulait pas de ça. Durant les quelques mois vécus à Perm au milieu des grandes têtes du C.A.M.P., Ashka n'avait pas su faire de choix, concernant son avenir aux côtés de sa mère, ou même un potentiel futur avec Kate.

Tout cela s'était concrétisé à la fin du mois de janvier 2017. Six mois de questionnement pour une nuit d'amour. Si Kate avait enfin approché l'amour de sa vie, cela avait permis à Ashka de faire un choix. La blonde avait laissé des vêtements en bataille dans la chambre du dernier étage et puis elle était partie. Kate s'était réveillée quelques heures plus tard avec le soleil sans savoir que cette fuite allait coûter sa vie au C.A.M.P. - une héritière et un parchemin en moins et voilà comment l'équilibre était brisé.


---

Ainsi voilà, Ana n'avait jamais eu la volonté d'être comme sa sœur, refoulant toute possibilité de tomber amoureuse, préférant s'enfermer dans un bureau ou sous une autre identité. D'un côté, elle se rapprochait un peu de ce qu'Ashka avait été. Cependant, il semblait que son masque se détruisait un peu plus chaque seconde qu'elle passait en compagnie de Zia. Je ne me risquerais pas à nommer ce sentiment. Après tout, que savons-nous des pensées de notre personnage ? Tout ce dont je pourrais témoigner ici serait que ses yeux étaient fuyants, ses joues roses et ses mains moites. Des indices, certes, mais trop peu significatifs.

Les mots que Zia prononçaient étaient attirants, magnétiques. Elle s'ennuyait. Des choses plus intéressantes. Ana n'avait pas encore prononcé un mot en retour. Ses oreilles étaient envoûtées par la voix de son interlocutrice s'alliant parfaitement avec la jolie musique qui avait commencé à être jouée. D'extérieur, le tableau était parfait. On pourrait croire à une belle rencontre, ou bien à un piège qui se refermait sur notre protagoniste. Les possibilités de la fin de cette soirée étaient multiples. Pourtant, il était encore trop tôt pour déterminer laquelle serait la véritable.

A cet instant, Ana n'en avait même pas conscience. Pour la première fois peut-être, elle n'avait aucun tour d'avance sur la personne qui lui faisait face. Zia était plus forte qu'elle, bien qu'elle peine à le voir. Pour le moment, la Russe se laisserait bien emprisonner par les mots de la jeune femme. Elle avait des choses à lui proposer et je le sais cher lecteur ; elle, comme vous, comme moi, n'attendons qu'à en savoir plus. Comme pour faire durer un temps qui paraissait déjà interminable, Ana but une gorgée de champagne.


Je ne peux qu'approuver. Qu'avez-vous à proposer ?

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alter égo de summer pearson
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Serdaigle
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Titre : Re : Forever is the sweetest con
Créé : 19/05/2024 à 20:32:18

ANA · Je ne peux qu'approuver. Qu'avez-vous à proposer ?

L'amour n'était qu'un sentiment. Anastasia l'avait compris, jeune, lorsqu'elle avait vu ses amies rougir face aux garçons. Elle l'avait compris quand elle avait remarqué que seules les filles savaient lui donner cet effet. Elle l'avait compris lorsque Natacha, dont elle n'avait découvert l'existence que très récemment, avait sacrifié son cœur pour la préserver d'un mariage cruel. Et enfin, coup fatal, lorsque sa sœur était morte, amoureuse d'un anglais à qui elle n'avait jamais déclaré ses sentiments, et fiancée à un russe qui voulait sa mort. Sur le cercueil de celle dont elle partageait le visage, elle s'était promise, en silence, qu'elle ne laisserait pas son cœur être son talon d'Achille. Qu'elle n'obéirait pas à l'amour et ses lois. Ce soir-là était-il différent ?

ZIA · Très bien, alors, suivez-moi.

Si Anastasia avait bien les pieds sur terre, contrairement à sa sœur, elle se déplaçait d'une manière si gracieuse qu'on eût dit qu'elle flottait. Aucun de ses mouvements ne semblait être arrêté ; le monde avait l'air de s'accorder avec elle d'une manière si harmonieuse qu'on n'aurait su dessiner les frontières de son corps d'un simple regard.

Très vite, après avoir filé de porte en porte dans un manoir qui ne semblait pas avoir de secrets pour elle, révélant les couloirs aux portraits poussiéreux et aux dorures fanées de la famille Ketchlov, bien moins séduisants que les décorations colorées du bal de printemps, la jeune femme s'arrêta devant une porte en bois et, d'un coup de baguette souple et agile, invita le verrou à s'ouvrir dans un cliquetis discret et, dans la continuité de ce geste, proposa à Ana de la suivre. Une fois les deux femmes dans le bureau, Zia referma la porte – désormais seules à deux, dans ces vingt mètres carrés de silence, dans lesquels trônait un bureau en ébène entouré de bibliothèques aux livres probablement inconnus de leur propriétaire.


ZIA · Bienvenue, Ana, dans le bureau de notre hôte.

Le silence brisé, l'air prit le poids de tous les possibles, de tous les dangers. De sa main gantée, elle effleura le bureau jusqu'à laisser ses doigts caresser les tréfonds d'un tiroir, duquel elle ressortit une belle et ancienne montre à gousset, dans un mouvement aussi parfait que ceux des plus grands prestidigitateurs. Alors que le boitier se logeait fermement dans la paume de sa main, elle laissa la chaîne filer entre ses doigts, la faisant danser sans jamais en perdre le contrôle – mais ce n'était pas ce que ses yeux regardaient. Son regard était plongé dans celui d'Ana.

ZIA · Ketchlov, fidèle à sa réputation, n'est pas le plus fin d'entre nous tous. Il a, à travers les années, conservé le souvenir de ses erreurs dans cet objet afin, dit-on, de ne pas les oublier. Heureusement pour nous, il n'a pas pensé à protéger cette montre. Quelque chose qui apparaîtra sans doute un jour dans la longue liste de ces imprudences...

La voix d'Anastasia avait une présence indéniable. Et pourtant, c'était comme si quelque chose dans la pièce – Ana ? – la déconcentrait. Comme si son imagination la portait dans de vastes contrées, impossibles à localiser pour son interlocutrice, qui ne pouvait qu'accepter l'aura de mystère qui entourait la jeune femme. Cette dernière, s'éloignant alors du bureau, s'approcha, approchant son visage de celui de la future héritière du CAMP, juste assez pour demeurer inaccessible tout en laissant son souffle se faire sentir sur la peau de son interlocutrice. De sa main gauche, elle attrapa délicatement celle d'Ana, qu'elle referma délicatement sur ma montre à gousset dorée. D'un ton complice, elle ajouta :

ZIA · Si vous êtes prête à relever un défi, remontez cette montre, et prouvez-moi qui vous êtes vraiment.

Le cliquetis des aiguilles révélait un cadran, semblant légèrement en avance – si on le croyait, il était encore vingt heures trente exactement, l'heure de la rencontre des deux jeunes femmes. Comme si le temps s'était arrêté au moment où leurs regards s'étaient arrêtés l'un sur l'autre.

ZIA · Je vous conseille seize heures, mais faites ce que vous voulez. Faites-moi confiance, Ana, et il ne vous arrivera rien.

Tic, tac, tic, tac. Le temps du choix était compté.

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Serdaigle
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Titre : Re : Forever is the sweetest con
Créé : 25/05/2024 à 12:14:27

Tout dans le manoir était grand et élégant. Si Ana n'avait pas été habituée à ce type d'architecture dès son enfance, elle aurait probablement eu peur de briser quelque chose à chaque mouvement. En effet, ce n'était plus les gestes de main discrets qui faisaient bouger son corps mais de grandes enjambées en direction d'un lieu inconnu. On n'entendait plus que de discrets bruits de talons frappant le sol. Le silence s'était immiscé dans la conversation entre les deux jeunes femmes et il les suivit jusqu'à un bureau lui-même étouffé.

Les yeux d'Ana parcoururent l'ensemble de la pièce sans qu'elle ne prononce un mot. Cependant, elle n'aurait pu répondre à aucune question concernant ce qu'elle venait d'observer. Son regard s'était bien trop vite reporté sur Zia. Ketchlov. Ses yeux. Montre. Ses cheveux. Des erreurs. Ana n'écoutait même pas Zia. Les quelques mots qu'elle parvenait à saisir ne faisaient pas sens entre eux. La jeune Russe se redressa, reculant les épaules. Elle allait rétorquer, interroger son interlocutrice, mais celle-ci avait d'autres plans.

Croyez-moi, je ne suis pas plus avancée que vous quant à cette situation. Je ne saurais dire si, à cet instant, Ana avait été déstabilisée par le souffle de Zia caressant sa peau ou par la rencontre de leurs mains respectives. Les doigts d'Ana cherchaient les endroits sur la montre à gousset où la chaleur de Zia était toujours présente. La voix de cette dernière était loin dans son esprit. Pourtant, comme si c'était fait exprès, elle comprenait. Seize heures. Ana faisait définitivement confiance à Zia. Bien plus qu'elle ne le devrait, si vous voulez mon avis. Des beaux yeux et l'apprentissage d'une vie passait aux oubliettes.

La chaîne dorée enroulée autour du poignet, Ana bougea légèrement son pouce sur la montre, incitant un mouvement vers la gauche. Fascinée, elle observa les aiguilles bouger légèrement. Pourtant, elle fut incapable de les voir plus longtemps. Quelques secondes plus tard et sa vue se brouillait totalement. La confiance était un jeu dangereux. Qui choisir dans le jeu de la certitude ?

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alter égo de summer pearson
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Serdaigle
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Titre : Re : Forever is the sweetest con
Créé : 05/06/2024 à 23:41:28

La vue d'Ana Ejov se brouillait, et laissait place, progressivement, à une nouvelle réalité, un monde qui paraissait tout aussi réal à ses yeux que celui que je narrais précédemment. Mais un monde qui était aussi, indéniablement, autre. Un monde sans conséquences – du moins en apparence.

Bienvenue, lecteur, dans ma montre à gousset.

Ana, comme toi, découvrait ce monde, aux côtés d'Anastasia – ou plutôt, elle découvrait une porte, qui semblait être composée de multiples engrenages et mécanismes – tout cela était superflu, évidemment. L'atmosphère était empreinte de magie, tout comme la clé qu'Ana tenait dans sa main. Une clé dorée, dont elle pouvait voir le double dans la main de la Tchaïviev.


ZIA · Derrière cette porte, Ana, se trouve ce que tu cherches. Ce qui te donnera plus de pouvoir que n'importe qui d'autre au CAMP.

Anastasia parlait dans un murmure, clair et séduisant. Mais cette fois, ses mots étaient clairs. Dans cette dimension-là, Ana n'en louperait pas un – dans chaque syllabe pesait le poids du choix, d'un choix qui pouvait changer toute la vie de la russe, et bien plus encore.

ZIA · Derrière cette porte, tu trouveras le parchemin volé par Ashka Hanson.

Le secret ; le pouvoir ; le mystère de ces cinq dernières années. Une offre qu'Ana ne pouvait pas refuser. Car la voix de Zia le disait, ses propos étaient vrais. C'était impossible autrement – si elle mentait, rien n'était vrai. Elle était, en cet instant, plus qu'une simple fille de l'aristocratie – elle était l'autrice de cet instant, la créatrice de ce monde.

ZIA · Mais cette porte ne s'ouvrira que si nous y mettons chacune notre clé.

Dans la main de chacune des deux femmes, leur baguette, prête à être utilisée. Les deux serrures se faisaient face : impossible d'utiliser la clé et de se défendre en même temps. Il n'y avait que deux choix possibles : prendre le risque, tenter d'ouvrir la porte et d'obtenir un parchemin qui devrait nécessairement être partagé entre les deux femmes, ou renoncer à cet objet tant désiré, mais rester en sécurité.

Une seule façon de gagner. Mille façons de perdre.


ZIA · Aie confiance, Ana.

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Serdaigle
1re année
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Titre : Re : Forever is the sweetest con
Créé : 11/06/2024 à 22:13:48

Ana était intelligente. Pourtant, dans cette dimension, son esprit de réflexion était différent, altéré, ralenti. On pourrait croire qu'Ana avait eu du mal à s'habituer à son nouvel environnement, éblouie par la lumière. La vérité était toute autre. Sans s'en rendre compte, elle baissait une nouvelle fois sa garde pour s'offrir encore un peu plus à Anastasia. Quelques heures et Ana Ejov aurait livré tous ses secrets. Malheureusement, ce n'était pas ce qui importait Ana à cet instant. Les mots qui avaient résonné dans la bouche de son interlocutrice étaient bien plus importants. Du pouvoir. Le parchemin. Ashka Hanson.

30 JANVIER 2017
VILLA MADOSLAVA, PERM
(extrait C.A.M.P.)

Si Kate s'était réveillée sans corps chaud à côté d'elle ce matin-là, c'est parce qu'Ashka s'était levée tôt. Son envie de fuite ne s'était pas particulièrement concrétisée avant de véritablement la réaliser. Ashka avait erré dans le Manoir pendant quelques heures, le cerveau en ébullition. Elle avait cherché un endroit où se poser ; un endroit qui ne sentait pas comme Kate, un endroit qui ne l'oppressait pas comme Volvia le faisait. Un endroit à elle et rien qu'à elle. Malheureusement, elle n'était pas sûre que cet endroit existait réellement.

Le vent soufflait à l'extérieur du Manoir et claquait sur les fenêtres closes. Postée devant l'une d'entre elles, Ashka venait de se promettre de partir dans les dix prochaines minutes. Elle ne savait pas où, elle ne savait pas vraiment quand mais elle le devait. Les choses n'allaient pas en s'arrangeant. Dans un état second et sans vraiment s'en rendre compte, la jeune femme s'était saisie d'un rouleau posée sur le bureau de Volvia. Elle s'était alors approchée de la porte d'entrée, rabattu sa capuche sur la tête et avait franchi le seuil en murmurant deux mots à peine audibles.


Adieu maman.

Qui aurait cru que l'enfant de Volvia Madoslava Hanson aurait pu réaliser une chose pareille ? Au CAMP, on faisait confiance. On ne trahissait pas - spécialement quelqu'un de notre propre sang. Personne ne s'était méfié d'Ashka. Peut-être aurait-on dû.

---

Ana n'avait pas aussi mal vécu le départ d'Ashka que Kate. Il ne lui avait à vrai dire fait ni chaud ni froid. Elle avait été plus agacée par la perte du parchemin. Si ce bout de papier en était un parmi tant d'autres, il était assez différent. Une coïncidence surprenante, pour être honnête. En plus d'être associé à un scientifique spécifique, il s'agissait là de la seule preuve écrite que le CAMP menait des expériences pour donner la magie aux moldus, les soumettre et les transformer en arme. Malheureusement, personne, si ce n'était Mia Lorder Jannings et Jessica Wonders, ne connaissait le contenu du papier volé. Alors, depuis cinq ans, chaque membre du C.A.M.P. craignait que quelque chose de confidentiel ne soit révélé au grand jour.

Les promesses d'Anastasia étaient intéressantes. La clé dorée qu'Ana tenait dans sa main disait également beaucoup de choses. Elle entendait des hypothèses et des espoirs, des réussites s'élevant plus haut que de potentiels échecs. Depuis les quelques minutes qui avaient passé depuis leur arrivée, le regard d'Ana n'avait pas rencontré autre chose que la serrure et sa clé. Elle n'avait même pas regardé Zia. Ana avait toujours craint les pièges. Sa vie était rythmée par leur évitement ; une danse habile pour toujours devancer ses adversaires.

Pourtant, cet appel était différent, trop tentant, mélangé au charme de Zia. Ana n'avait toujours pas croisé son regard. Elle le refusait. A la place, elle inséra la clé dans la serrure.

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alter égo de summer pearson
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Serdaigle
4e année
Titre : Re : Forever is the sweetest con
Créé : 13/06/2024 à 01:26:36

Ana Ejov avait choisi la clé. Le parchemin. Le pouvoir. La confiance. Anastasia.

Et son choix était récompensé ; aussitôt les deux clés insérées dans la porte, le coffre-fort s'ouvrit laissant place au parchemin tant désiré. La clé du pouvoir et de la connaissance. Enfin, Ana Ejov pouvait poser ses doigts dessus, sous le regard de son alliée, qui n'avait, elle non plus, rien fait pour empêcher l'ouverture de cette porte. Mais à peine l'héritière du CAMP avait-elle commencé à déplier le parchemin, nourrie par l'avide curiosité qui lui donnait aujourd'hui accès à ce qui était jusque-là un mystère, que sa vue se brouillait à nouveau, et que le monde que je venais de construire autour d'elle s'effaçait, en même temps que le papier qu'elle ne détenait déjà plus dans ses mains, avant même qu'elle puisse y voir quoi que ce soit.


ZIA · Tu t'es bien trop longtemps soumise à des gens qui ne te respectent pas, Ana. Qui ne respectent pas ton pouvoir.

Nous étions de retour dans le bureau de Vladimir Ketchlov, et la main gauche de la Tchaïviev, celle du côté de son cœur, effleurait doucement les doigts de son interlocutrice, afin de récupérer la montre à gousset, qu'elle faisait disparaître avec autant d'adresse qu'elle l'avait précédemment fait apparaître.

ZIA · Tu viens de le voir ; je peux t'offrir tout ce que tu désires, et bien plus encore, Ana. Il te suffit de me faire confiance...

La main d'Ana caressait désormais la peau de la joue d'Ana Ejov, tandis que le souffle de ces derniers mots se mélangeaient à la respiration de celle qui l'écoutait. La confiance de l'héritière avait été donnée, de multiples fois, et on aurait pu croire que ces deux femmes n'en étaient plus qu'une.

ZIA · Crois-moi, je suis un choix que tu ne regretteras pas.

Et sur ces mots, Anastasia Tchaïviev posa ses lèvres sur celles d'Ana, scellant dans ce baiser un pacte muet, sans que nul ne puisse savoir ce que ce dernier engageait. Il était probable, ami lecteur, que Zia elle-même ne l'ait pas décidé. Après tout, qui sait – je ne suis que le narrateur de cette histoire, et je ne sais ce qui se passait réellement dans la tête de nos personnages au moment de ce récit. Tout ce que je fais, c'est raconter, et peut-être embellir les faits.

△▽△▽△

Le lendemain, Ana Ejov se réveilla dans son lit, et, en accord avec les promesses d'Anastasia, elle n'avait presque plus rien à désirer. Et, cette dernière étant une personne bien différente d'Ashka Hanson, c'est son visage, endormi et indéchiffrable, qui accueillit l'héritière du CAMP lorsqu'elle ouvrit les yeux.

Mais en parlant d'Ashka Hanson, voilà que, bien loin de là, dans un couloir vide de Poudlard, un fantôme faisait face au tableau de la jeune femme. Et si ce fantôme avait abandonné l'érotisme en même temps que son corps, il n'y avait pas de doute que cette silhouette altière et déterminée avait autrefois porté le même sang qu'Anastasia Tchaïviev, et que la ressemblance entre les deux femmes ne s'arrêtait pas à leurs traits.


NATACHA · Tout fonctionne comme prévu, Ashka. Elle est sur le point d'ouvrir les yeux sur le monde qui l'entoure, et j'ai bon espoir qu'elle rejoindra bientôt nos rangs.

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Serdaigle
1re année
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Titre : Re : Forever is the sweetest con
Créé : 24/06/2024 à 21:23:39

Voilà bien longtemps qu'Ashka avait abandonné le monde des apparences de la Russie. En supposant le fait qu'elle ait encore des souvenirs humains, il aurait été difficile pour elle de se souvenir de la dernière fois qu'elle avait été dans la même position qu'Ana, s'amusant à séduire et à prétendre. Peut-être même que cela n'était jamais arrivé. Nous ne savions pas toujours faire la différence entre les idéaux et ce qui s'était réellement produit.

Si prendre conscience de la réalité n'avait pas été une tâche aisée pour nous autres, Ashka, elle, avait parfaitement compris - ou du moins, son tableau. Car à cet instant, ce n'était plus la petite blonde éduquée en terre slave qui s'adressait à Natacha Tchaïviev. Redressée sur sa chaise, un carnet dans la main droite, une pomme verte dans la main gauche, une représentation quelque peu réaliste de l'adolescente écoutait attentivement le fantôme.

Il avait fallu à Ashka une dizaine d'années et une mort assez brutale pour qu'elle comprenne "le monde qui l'entourait". Il avait fallu à Ana un coup de foudre trop intense pour qu'elle oublie ses idées. Si Natacha avait bon espoir, le portrait ne savait qu'en penser. Pouvait-on réellement faire changer de bord une personne convaincue ? Selon mon humble point de vue, j'oserais dire que n'importe quel personnage peut changer. Mais qu'en serait-il si lui-même ne savait pas vers quoi il se dirigeait ?

Vous avez été un témoin privilégié des actions d'Ana. Outre Zia, vous êtes probablement celui qui en sait le plus. Ashka et Natacha n'avançaient que grâce à la confiance que portait le fantôme en sa sœur. Je serais désarmée si je ne pouvais m'adresser à vous. Ana rejoindrait les rangs de l'Internationale. Mais quand ?


Quand ?

Ashka fronça les sourcils, comme surprise de ses propres mots. Voilà que le narrateur narrait un peu trop. Pourquoi fronçait-elle les sourcils ? Elle n'était pas censée s'en rendre compte.

Où en est-elle ?

Quelque chose avait changé dans la voix d'Ashka, quelque chose de moins doux, ; on reconnaissait un ton sur la défensive. On disait qu'un tableau ne devait jamais rencontrer son peintre après l'enchantement. Mais James était mort. Pourtant, c'est comme si quelque chose froissait le personnage.

est-elle ?

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alter égo de summer pearson
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Chroniqueur Chicaneur
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Serdaigle
4e année
Titre : Re : Forever is the sweetest con
Créé : 26/06/2024 à 01:14:45 - Modifié : 26/06/2024 à 01:52:37

ASHKA · Quand ? Où en est-elle ? Où est-elle ?

Ashka posait beaucoup de questions. Était-ce le fait de voir sa vie confinée dans des cadres d'un château bien trop vieux qui provoquait toute cette curiosité ? Peut-être que Natacha aurait posé plein de questions, elle aussi. Mais la mort l'avait rendue plus mystérieuse que cela – et puis, il ne fallait oublier que, si les couloirs étaient vides, les murs avaient des oreilles. Même si sa légilimancie ne fonctionnait pas sur les deux défuntes, rien ne garantissait que Camille Dubois n'était pas, en cet instant, en train de soigneusement récupérer tout ce qui se disait ici. Mais, que pouvait-elle dire ?

NATACHA · Elle est prête à suivre Anastasia dans tout ce qu'elle entreprendra. Quitte à renoncer à ses valeurs, à son monde, à...

Non, non, non, ça ne va pas. Natacha n'est pas bavarde comme ça. Une voix m'interrompt. L'encre de ma plume refuse de fonctionner, et le papier sur lequel, moi, narrateur, j'écris, reste vierge. Nous voilà transportés dans un monde qui n'a rien de celui de notre fantôme préféré ; le monde de l'Auteur, dans lequel la défunte aurait bien été dépaysée. Il prenait la forme d'une petite pièce, où s'entassaient, dans tous les coins possibles, des livres et des carnets, qui recouvraient tant bien que mal des professions de foi d'une élection déjà passée. Cet endroit, bien intellectuel, était embelli de souvenirs, témoins d'amitiés que le personnage n'avait jamais connues ; des mots, des dessins, des objets autrefois partagés, des brouillons de lettres d'amour, des bracelets échangés lors d'un concert de Taylor Swift, d'autres le reliant aux personnes qui lui étaient le plus chères et les perles qui les avaient fabriqués. Un chaos dans lequel la seule trace de Natacha était un badge représentant un fantôme bleu, violet et rose, fermement accroché sur une veste qui était à deux doigts de s'écrouler par terre.

Natacha aurait détesté ce monde, probablement. Il n'était pas assez calculé, il était prisonnier de trop d'amours, le parfum du sacrifice ne l'embaumait pas assez. Et pourtant, c'était ce monde qui l'avait créée. Et l'Auteur, assis en tailleur sur sa chaise, avait encore son mot à dire sur sa vie – une vie qui lui importait, du moins suffisamment pour mettre en pause l'album de Chappell Roan qui faisait dodeliner sa tête depuis au moins six chansons. Oui, il faut bien que Natacha et Ashka parlent, mais leurs dialogues, ils s'écrivent pas. On en avait déjà parlé, en plus. Leur relation, elle est faite pour se développer loin des textes. Quand on les voit parler... ça fonctionne juste pas, c'est juste forcé. Puis, qu'est-ce qu'elle veut que je fasse, l'autre ? Que je répète tout ce qui vient de se passer ? Non, non, je peux pas faire ça. Il attrapa son téléphone ; réflexe moldu, probablement. Mais, malgré cette absence de sortilège dans ce drôle de monde, des mots apparaissaient, comme par magie, sur son écran, pile au bon moment. Était-ce ça, la magie de la narration ?


SO ·
enfin réponduu Flyy ça fait dix jours que je cherche quoi répondre, c'est pas dingue
je t'avoue j'ai vraiment pas réussi à relancer ahahah

Pas dingue, pas dingue, elle exagère quand même. Moi, j'ai bien aimé, surtout quand elle a brisé le quatrième mur, ça j'adore, c'était vraiment incroyable. Et fait de manière très élégante. Scarron who? M'enfin, elle a pas tort, la relance est pas dingue pour le coup. Je suis censé faire quoi, avec ça, moi ? Je veux bien nous retransformer dans un laboratoire de philosophie morale expérimentale à nouveau, mais bon, il faut justifier ça. Je vais quand même pas faire apparaître un tramway au milieu de Poudlard. Ugh. Perdu dans ses pensées, l'auteur semblait coincé. Car oui, si celles qu'il surnommait « les deux Ana » parlaient avec la fluidité d'une danse, flirtant encore mieux qu'elles respiraient, la rédaction de ces longs paragraphes était semée d'embûches, plus souvent qu'ils n'en donnaient l'air. Mais là, ce n'était même pas une question de métaphore qui sonnait faux. C'était une question générale. Qu'est-ce qu'il était censé faire ?

Et puis, soudain, alors que les premières notes de tolerate it de Taylor Swift s'apprêtaient à le faire pleurer – car oui, il avait relancé sa playlist, pour trouver l'inspiration, disait-il, il eut une idée. Elle veut briser le quatrième mur ? Et bien, jouons à ça. Tout cela n'est que littérature, et il n'y a pas de raison pour lesquelles mon narrateur n'aurait pas le droit de réécrire l'histoire. Je lui en trouverai une, de relance, tiens. Que cette montre à gousset ne serve pas à rien, c'est quand même sacrément cool, comme objet. Autant la recycler. Ça divertira les lecteurs, je suppose – j'espère.

Et me voilà, moi, narrateur, à utiliser ladite montre à gousset, pour remonter le temps de quelques minutes. Mais, tandis que les aiguilles tournent, mon propre bureau change, se métamorphose... On dirait presque... Mais oui, je ne me trompe pas – me voilà assis au bureau de ma collègue ! L'auteur était-il fou ? Probablement. Ai-je le droit de dire ça ? Bonne question. Mais je n'avais pas le temps de réfléchir, que de nouveaux mots, sous mes yeux, se tracent sur le papier. Enfin, nouveaux... Non. Je les avais déjà lus, ces mots-là. Pire, je les avais déjà écrits. Mais... Qu'est-ce qu'il se passait ?


NATACHA · Tout fonctionne comme prévu, Ashka. Elle est sur le point d'ouvrir les yeux sur le monde qui l'entoure, et j'ai bon espoir qu'elle rejoindra bientôt nos rangs.

Ma plume de brume se transforme, elle aussi, et devient pinceau. Et, sous mes mots, Ashka L. Hanson prend vie. Enfin, si l'on considérait que la vraie vie, la vie réellement vécue, c'était la peinture. Et dans ce cas-là, la russe était probablement plus vivante que qui que ce soit. Tandis qu'elle entendait les mots du fantôme, qui avait, avouons-le, fait le drôle de choix de l'éternité, la texture de la peinture à l'huile semblait, dans son esprit, se mélanger à celle des terres russes, sur lesquelles elle avait marché il y a si longtemps déjà. Cric, cric, faisaient ses pas à l'époque. Ou était-ce le bruit de la nostalgie ? Il était dur d'identifier un son, lorsque celui-ci n'a lieu que dans la tête de celui qui essaye de le nommer. Et telle était désormais l'existence d'Ashka ; pas vraiment morte, pas vraiment en vie. Juste là, entre les amas de peinture que James avaient déposés, tentant de rendre hommage à une vie si compliquée.

Ashka avait fui la Russie. Depuis bien longtemps. Elle n'y revenait que très rarement, préférant la compagnie de ses compagnons anglais ; la blonde n'avait jamais été aussi russe que son ancienne colocataire. Si elle avait pu, d'un coup de ciseaux, rompre tous les liens qu'elle avait avec ce pays, avec ce monde de sorciers, peut-être qu'à un moment, elle l'aurait fait. Ou pas. Qui sait ? Certainement pas moi. Les expressions du portrait étaient indéniables, mais, au-delà de leur absence de neutralité, il était dur de les déchiffrer. Était-ce de la nostalgie qui animait ses yeux ? Du regret ? Ou bien de la peur, face à la détermination d'une femme, qui, dans ses pires moments de combat, pouvait parfois avoir l'air à deux doigts de sortir les mêmes cartes que Volvia. Quel serait le prix à payer pour sauver le monde ? Serait-elle prête, elle, Ashka Hanson, qui n'avait jamais rien demandé à personne à ce sujet, à payer ce prix ?

Le passé et le futur se mélangeaient. La fumée de la cigarette de Natacha, lors de leur première rencontre (qui n'était maintenant qu'un vague souvenir de récit, couleurs d'aquarelle), était désormais tout ce qui composait son corps. Et son air bougon avait laissé place à une surface de marbre. Pendant ce temps, Ashka n'avait perdu aucune couleur, peut-être même qu'elle avait gagné, mais quelque chose clochait. Elle ne savait pas dire quoi. L'éspoir de Natacha sonnait faux. Comme si, encore une fois, c'étaient elles, les deux défuntes, les deux rebelles, les fuyardes et les voleuses, les un-peu-trop-britanniques et les pas-assez-dociles, qui allaient se retrouver piéger. Après tout, Ashka connaissait Ana. De loin, mais elle la connaissait. Mais qui était donc cette Anastasia Tchaïviev ? Elle ne l'avait jamais vue, jamais entendue. Ne sonnait-elle pas comme l'alter ego de Natacha, son doppelgänger qui finirait par la remplacer ? Un double maléfique qui n'hésiterait pas à révéler leurs secrets au CAMP ? Peut-être qu'Ashka lisait, entendait, inventait trop d'histoires. Mais comment faire, lorsqu'elle donnait l'impression de vivre elle-même dans une histoire ?


ASHKA · Tu as vraiment confiance en elles ? En Ana et en... Anastasia ?

La question, peut-être un peu audacieuse, était posée. Du bout de ses lèvres de toile, certes, mais quand même. Au fond d'elle, elle ne pouvait pas s'empêcher de se demander : qu'est-ce que Natacha faisait ? Et elle, quel serait son rôle là-dedans ? Pourrait-elle, un jour, vivre comme les autres tableaux, et oublier cette vie-là ? Elle ne savait pas. Mais, au fond d'elle, elle se demandait si Natacha, elle, le savait. La défunte avait toujours été dure à comprendre, même à l'époque où elle vivait avec elle.

ASHKA · Après tout... Elles ont plus à perdre que nous.

Silence. Cette relance est-elle meilleure ? En vrai, je ne sais pas. Mais au moins, c'est différent. Il y a de la tension, tout ça. Et l'idée est la même. Enfin, j'espère ne pas l'avoir dénaturée, cette Ashka. Bref. Qu'elle essaye d'être Natacha, et on verra. Au moins, même si ça finit par être faux, ou ennuyant, ce sera divertissant. N'est-ce pas ça, le but ?

Et, sur ces paroles, l'Auteur abandonna son bureau, de philosophe, de poète, et surtout, de joueur, et, un sourire inquiet, mais rieur sur son visage, il relança, une dernière fois pour cette soirée l'album de Chappell Roan qu'il avait déjà tant écouter. Ce chapitre-là ne faisait que de commencer, et, soyez-en sûr, il allait bien s'amuser.

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Serdaigle
1re année
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Titre : Re : Forever is the sweetest con
Créé : 28/06/2024 à 15:12:12

Une seule fille était présente dans cette pièce à ce moment donné. Allongée à l'envers sur un lit dont les draps étaient complètement défaits, ses cheveux atteignaient presque le sol. Ils avaient poussé depuis quelques mois. C'était presque autant de temps que depuis les retrouvailles d'Ashka et de Natacha. Le blond qui ressemblait tant à celui d'Ashka n'existait plus réellement ; il était présent sur le bas de la chevelure et voilà tout. Il était compliqué de déterminer qui était cette adolescente. Elle n'était pas Ashka, certainement pas Natacha, et encore moins une des deux Ana.

Je ne pourrais ici vous affirmer que quelques faits à propos de cette Inconnue. En effet, ici, je ne suis qu'un narrateur extradiégétique. ; il serait mal venu de ma part de me prendre pour quelqu'un que je ne suis pas. Alors voilà : les mots tournaient dans sa tête sans réel sens, but ou objectif. Elle avait conscience de quelques bribes de phrases mais était incapable de les lier entre elles. Si, à des kilomètres de là, on entendait résonner Chappell Roan et Taylor Swift, c'était les musiques d'Harry Styles qui faisaient froncer les sourcils à notre seconde Autrice.

Les dialogues étaient mauvais. Ils étaient présents pour donner un peu de forme, mais il n'y avait aucun fond. C'était légèrement rageant. La fille bascula un peu plus la tête en arrière et ses cheveux s'étalèrent un peu plus sur le sol. Dans cette position, elle ne voyait pas grand chose si ce n'était le plafond de la pièce dans laquelle elle se trouvait. Le soleil était puissant et les reflets étaient éblouissants, tellement qu'Elle ferma les yeux. Pourtant, l'astre n'était pas le seul fautif. Une nouvelle lumière était apparue au-dessus de la scène ; une lumière inconnue, magique ? Je n'ai jamais su comment fonctionnait le Temps. Après tout, je ne le saurai probablement jamais. Ce n'est pas mon rôle. Mais dans cette situation, l'adolescente avait été plongée dans un autre espace, et dans un autre temps, probablement futur. Cet endroit où elle se trouvait ? Je le connaissais. J'avais déjà lu sa description.

Cependant, ce n'était pas l'endroit qui m'inquiétait, mais surtout ce qu'on pouvait y voir. Des nouveaux mots étaient apparus depuis la dernière fois. Des mots de narration, certes, mais des nouveaux dialogues. Les précédents avaient été supprimés, d'ailleurs. C'était une bonne idée. Ils étaient vraiment mauvais. Un sourcil se leva cependant sur mon visage. C'était les mots d'Ashka. Si je narre les actions d'une défunte depuis des années, il ne devrait pas être si difficile de le faire pour une autre ? Pourtant, la différence était flagrante entre un personnage qui avait perdu ses souvenirs pour l'éternité et un autre qui n'était composé que de cela.


Si Natacha avait confiance en elles ? C'était une drôle de question. Elle avait utilisé le sang de sa sœur pour un contrat, partagé toutes ses actions ; elle lui donnerait la vie si cela était encore possible. Cependant, si Natacha avait confiance en Ana Ejov ? C'était un autre sujet, plus délicat et plus incertain. Après tout, elle ne la connaissait pas. Qui était-elle derrière les informations qu'Ashka lui avait partagé ? C'était Ashka elle-même qui pourrait déterminer si elles pouvaient avoir confiance. Pas Natacha.


Aucun doute concernant Anastasia.

Elles avaient plus à perdre que Natacha et Ashka. Oui, c'était un fait. Pourtant, Natacha y croyait. A moins que...

A quel point Ana pourrait-elle retourner le cerveau d'Anastasia ? La monter contre nous ? Est-ce que tu la penses plus forte qu'Anastasia ?

C'était compliqué d'incarner Natacha. Je ne sais pas ce qu'elle pense, moi. Peut-être qu'elle fait confiance à Ana, elle. L'Autrice non plus n'était pas certaine de ses actions. Non habituée à rester droite sur une chaise pour raconter de telles histoires, elle s'était complètement avachie en écrivant ses derniers mots. La scène n'avait rien de fascinant. Pourtant, pour le lecteur qui observerait les détails, il pourrait en remarquer des intéressants. A quelques centimètres de la main droite pleine de bagues de la jeune fille, sur une analyse de texte d'une prophétie surlignée datant d'il y a quelques jours à peine, une gomme était prête à être utilisée pour effacer et tout recommencer.

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alter égo de summer pearson
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Chroniqueur Chicaneur
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Serdaigle
4e année
Titre : Re : Forever is the sweetest con
Créé : 04/07/2024 à 00:27:57

NATACHA · Aucun doute concernant Anastasia.

Natacha ne dirait pas ça. Elle n'a confiance en personne. Même pas sa sœur. Comment pourrait-elle ? Évidemment, le portrait d'Ashka ne pouvait pas manifester les critiques de l'Auteur, désormais dans son lit, ayant abandonné ses écouteurs. Un livre de théorie littéraire était, comme par magie, posé à côté de lui. Si on l'ouvrait, on trouvait une fin de chapitre, sur la présomption d'intentionnalité de l'auteur. « Ni les mots sur la page ni les intentions de l'auteur ne tiennent la clé de la signification d'une œuvre [...] »* concluait-il. Mais quelles étaient les intentions de l'Auteur ? Connaissait-il, lui-même, ses intentions ? Savait-il où cela le menait ? Peut-être, peut-être pas. Cela faisait beaucoup de questions. Mais, manifestement, ses intentions n'étaient pas les mêmes que celles de son collègue. De quoi ravir tous les adeptes de la théorie de la mort de l'auteur, semblait souffler le livre à ses côtés. Eh, attends un peu avant de me tuer. J'ai même pas fini de penser. Et puis, c'est Natacha et Ashka, les mortes, avant tout. Moi et l'Autre... On verra après, pour tout ce qui est mort métaphorique, et cetera. Oui, enfin bon, cette histoire n'en était pas plus avancée.

NATACHA · À quel point Ana pourrait-elle retourner le cerveau d'Anastasia ? La monter contre nous ? Est-ce que tu la penses plus forte qu'Anastasia ?

Mais elle se prend pour qui, là, Natacha, à parler autant ? À poser autant de questions ? Elle est sûre d'elle, ma Natacha, elle a pas besoin de questions. Elle est la réponse. Du moins, c'est ce qu'elle pense mais... Oui, bon, on a compris, l'Auteur n'est pas content, il s'ennuie, et vous, lecteurs, probablement aussi.

Ressortons donc la montre à gousset, remontons encore le temps, et répondons donc... À notre propre question ? Décidément, ces histoires, ce n'est plus ce que c'était.


ASHKA · Tu as vraiment confiance en elles ? En Ana et en... Anastasia ? Après tout... Elles ont plus à perdre que nous.

Ashka n'avait pas tort. Mais Ashka était aussi un tableau, dont les souvenirs étaient limités. Natacha, elle, se souvenait de tout. Et elle savait.

NATACHA · On ne peut avoir confiance en personne, dans ce monde-là. Mais Anastasia ne me trahira pas. Et Ana, elle... Elle ne trahira pas Anastasia.

Bon, j'admets, il est nul, ce dialogue-là aussi. Mais, on pourrait passer à autre chose, rapidement. Faire une ellipse bien placée, et faire avancée l'action. Genre, Ashka, elle pourrait répondre... D'un air suspect, la peinture semblait changer de traits. Sous ma plume, la peinture à l'huile, progressivement, devenait comme aquarelle. C'était toujours Ashka, mais elle se déformait. Elle n'avait pas l'air de s'en rendre compte. Personne n'avait l'air de s'en rendre compte. Comme si les deux défuntes n'avaient aucunement conscience de la guerre qui se déroulaient, loin, loin de là, entre ceux qui tenaient d'une main la trame de leur vie. Peut-être auraient-elles pu remarquer que certaines personnes, certaines lectrices en quelque sorte (peut-être vous, qui lisez ces lignes en cet instant ?), avaient essayé de les alerter. Mais elles n'avaient pas écouté, et les voilà, jouets d'Auteurices désespéré·e·s.

ASHKA · Et maintenant, nous, on fait quoi ?

Et voilà, ça, c'est une fin de dialogue qui ouvre l'opportunité d'une belle ellipse. Mais bon, une ellipse vers quoi ? Que se passe-t-il maintenant ? Les questions de l'Auteur et celles des personnages coïncidaient, voilà le problème. Tout n'était que mystère, et ce dialogue n'avançait pas. Il fallait quelque chose de nouveau surgisse, que quelque chose change. Mais comment créer du changement entre deux mortes, figées dans l'éternité ? C'est peut-être ça, le problème. Elles sont toutes les deux mortes. Ce qui manque, dans leur dialogue, c'est peut-être juste... Une étincelle de vie ? Quelque chose de frais, qui créerait des souvenirs, plutôt que de ressasser ce que l'on sait déjà ? Et pour ça, il faudrait... Tout recommencer, c'est bon, j'ai compris. Je ressors, une énième fois, ma montre à gousset, et je la tourne. Non, il ne nous faut pas seulement remonter dans le temps, cette fois. Il faut quelque chose de différent.

Nous voilà donc, quelques semaines après la rencontre de Natacha et Ashka. Que se sont-elles dit, en vérité ? Nul ne le sait. Mais les aventures des femmes russes ont été racontées, voilà le principal. Des doutes d'Ashka, qui n'avait rien vu, avaient été exprimés. L'assurance de Natacha s'était exprimée. Tout irait bien – leur projet suivrait son cours, durant les semaines qui suivaient. Et leur vengeance, sous les traits d'une romance, s'infiltrerait comme un poison dans les réseaux qui les avaient tuées.

Dans les couloirs de Poudlard, une femme marchait, en direction d'un tableau. Elle était trop vieille pour être une élève ; trop inconnue pour être professeure. Elle marchait, un peu trop vite, et personne ne prêtait attention à elle. Elle était presque aussi invisible qu'un fantôme. Et d'ailleurs, elle partageait ses traits avec un de ces êtres-là.

Face à elle, Ashka Hanson pouvait voir comme une Natacha. Mais ses pieds touchaient le sol, son teint était un peu plus lumineux, son visage était un peu vieilli. Si la magie qui l'entourait lui permettait d'avoir une telle réflexion, le tableau pourrait alors comprendre qu'il s'agissait d'Anastasia. La fameuse qu'elle n'avait jamais vue, et qui l'inquiétait.

En cet instant, Anastasia n'était pas une femme aussi rassurante et séductrice que ce que vous avez précédemment lu, ami lecteur. Et, ayant trouvé le tableau dont sa sœur lui avait parlé, reconnaissant cette blonde qui avait bien grandit, mais qu'elle avait elle aussi croisée dans des manoirs de Russie, sans se faire remarquer, elle s'adossa au mur à côté de ce portrait, et souffla :


ANASTASIA · Ana est à moi.

Phrase à double sens ; son ton ne disait rien de celui qu'il fallait privilégier. Espionne ayant réussi ? Amoureuse transie ? Non, rien ne disait ce qu'Anastasia faisait là, dans ce château où visiblement, les adultes pouvaient rentrer comme dans un moulin, ancien élève ou non. N'avait-elle pas confiance en Natacha pour passer un tel message ? Voulait-elle prouver de son existence réelle face à ce portrait, qui ne voulait pas lui accorder sa confiance ? Était-ce une menace ? Impossible de le savoir. Et c'est sur un ton doux, bien trop doux, beaucoup plus proche de celui qu'elle avait employé avec Ana, qu'elle ajouta :

ANASTASIA · Compris ?

Anastasia n'était pas que le jouet de Natacha, et elle n'était pas seulement la marionnettiste d'Ana. Être de papier, elle semblait soudain prendre vie, devenir aussi réelle que Natacha, prenant, enfin, ses propres décisions. Au fond, c'est ce qu'elle avait fait, ces trente-quatre dernières années. Vous, lecteur, n'en étiez juste pas conscient. Mais maintenant, je la raconte, moi, le narrateur, et je fais d'elle un personnage, un vrai. Possédant maintenant cette qualité, une aura de chaos paraissait l'entourer. Elle était libre d'agir, pour accélérer les évènements, dans un sens ou dans l'autre. Et, si ses propos n'étaient pas clairs, elle essayait cependant désormais de le manifester à Ashka qui avait, peut-être, un peu trop douté.

La voilà, mon étincelle de vie. C'est bien mieux comme ça.


––––––––––

*Antoine Compagnon, Le démon de la théorie. Littérature et sens commun

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Serdaigle
1re année
PNJ
Titre : Re : Forever is the sweetest con
Créé : 09/07/2024 à 22:21:56

Le regard de l'adolescente brune était plongé dans le vide ; à ce moment précis, il était difficile de percevoir quoi que ce soit. Ses pensées tourbillonnaient dans son esprit et elle ne laissait rien percevoir, tellement que même moi serais incapable de vous en dire plus. Elle s'était contentée de lire les nouveaux mots apparaissant sur le papier. Peut-être qu'elle n'arrivait pas à écrire ce dialogue parce qu'elle ne connaissait pas Ana. C'était encore une inconnue, après tout. Celle qui connaissait Ana, c'était Ashka. Et Ashka... Oui, Ashka, nous la connaissions bien.

Le répit n'avait pas duré très longtemps. J'avais levé la tête en même temps qu'elle, si ce n'était une demi-seconde plus tôt. Le Temps ralentissait, l'Autrice n'avait plus le rôle déterminant dans cette histoire - du moins, pour le moment. La montre à gousset avait repris du service d'une autre manière. La pile de papiers près de l'adolescente avait évolué en même temps que les aiguilles avaient tourné ; plusieurs jours étaient passés. La prophétie avait disparu, laissant place à des partitions de musique éparpillées et à des notes à propos d'un jeu vidéo bien trop compliqué au goût de la jeune fille. Ainsi, le Temps n'était plus au dialogue impossible. Le narrateur en avait eu assez. Quelque chose de nouveau apparaissait doucement alors que les derniers bruits de l'aiguille des secondes se faisaient entendre au loin.


---

Si Ashka avait pu avoir une notion du temps, à cet instant, elle aurait probablement eu l'impression d'être de retour des années auparavant. Une version vivante, plus ancrée mais aussi plus âgée, de Natacha venait d'apparaître devant elle. Le portrait la dévisagea pendant quelques secondes sans dire un mot. Si cela ne différait pas tant de sa façon d'être, ces secondes silencieuses avaient un autre aspect, plus lourd et sérieux. Rencontrer Anastasia Tchaïviev en personne apportait une notion de réel à la mission.

Malgré ses échanges avec Natacha, Ashka était toujours réticente quant au rapprochement des deux femmes. Comment Anastasia pouvait-elle en être aussi certaine ? L'adolescente avait côtoyé Ana mais n'avait jamais tenté de la connaître comme elle avait connu Kate. Pourtant, elle savait qu'elle était une femme mystérieuse, qui ne se laissait pas facilement approcher. Que Diable s'était-il déroulé ces derniers mois pour qu'on en arrive à cette conclusion ?


Compris.

Ashka croqua dans sa pomme verte. La seconde qui suivait, la peinture glissait le long du tableau pour reformer le fruit. Dans cette image, qui était Ashka et qui était le fruit ? Ana ne pouvait définitivement pas être la pomme. Le personnage n'arrivait pas à croire que son ancienne camarade se soit laissée manipuler aussi aisément. Le plan se déroulait certes sans accroc, mais à quel coût ?

Cependant, on ne peut pas vivre dans la certitude. Quelles informations apportez-vous ?

Natacha avait affirmé qu'Anastasia ne la trahirait pas, qu'Ana ne trahirait pas Anastasia. Pourtant, Ana avait également affirmé ne jamais trahir Natalia. La parole était d'argent, le silence d'or. Quelle promesse serait brisée en premier ?

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